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THE LAW
AVANT-PROPOS
Quiconque se constitue une bibliothèque personnelle dédiée à la liberté se doit d’y inclure un exemplaire de l’essai classique de Frédéric Bastiat, « La Loi ». Publié pour la première fois en 1850 par le grand économiste et journaliste français, cet ouvrage est l’une des formulations les plus claires qui aient jamais été faites de l’idéal américain originel du gouvernement, tel que proclamé dans la Déclaration d’indépendance, selon lequel le but principal de tout gouvernement est la protection de la vie, de la liberté et des biens de ses citoyens.
Bastiat croyait que tous les êtres humains possédaient les droits naturels, donnés par Dieu, à « l’individualité, la liberté et la propriété ». « Voilà ce qu’est l’homme », écrivait-il. Ces « trois dons de Dieu précèdent toute législation humaine ». Mais même à son époque – à la fin des années 1840 –, Bastiat s’alarmait de la façon dont la loi avait été « pervertie en un instrument de ce qu’il appelait le pillage légal ». Loin de protéger les droits individuels, la loi était de plus en plus utilisée pour priver un groupe de citoyens de ces droits au profit d’un autre groupe, et surtout au profit de l’État lui-même. Il condamnait le pillage légal des protectionnistes.
droits de douane, subventions publiques de toutes sortes, impôt progressif, écoles publiques, programmes gouvernementaux de « création d’emplois », lois sur le salaire minimum, aide sociale, lois sur l’usure, et bien plus encore.
Les avertissements de Bastiat quant aux effets néfastes du pillage légal sont tout aussi pertinents aujourd’hui qu’au jour où il les a formulés. Le système de pillage légal (que beaucoup célèbrent aujourd’hui sous le nom de « démocratie ») effacera de la conscience de chacun, écrivait-il, la distinction entre justice et injustice. Les classes spoliées finiront par trouver le moyen d’entrer dans le jeu politique et de spolier leurs semblables. La législation ne sera plus jamais guidée par aucun principe de justice, mais uniquement par la force politique brute.
Le grand défenseur français de la liberté avait également prédit la corruption de l’éducation par l’État. Ceux qui occupaient des postes d’enseignants financés par l’État, écrivait-il, critiqueraient rarement le pillage légal de peur de perdre leurs financements.
Le système de pillage légal exagérerait considérablement l’importance de la politique dans la société. Ce serait le plus malsain.
le développement, car il encouragerait encore plus de citoyens à chercher à améliorer leur propre bien-être non pas en produisant des biens et des services pour le marché, mais en pillant leurs concitoyens par le biais de la politique.
Bastiat avait également la clairvoyance d’anticiper ce que les économistes modernes appellent la « recherche de rente » et l’« évitement de rente ». Ces deux expressions maladroites désignent respectivement le lobbying en vue d’obtenir des faveurs politiques (un pillage légal) et l’action politique visant à se protéger contre le risque d’être victime de ces exploiteurs. (Par exemple, l’industrie sidérurgique fait pression pour des droits de douane élevés sur l’acier, tandis que les industries utilisatrices d’acier, comme l’industrie automobile, devraient faire pression contre de tels droits de douane.)
Si les économistes modernes s’inquiètent de la « recherche de rente », c’est en raison du coût d’opportunité qu’elle implique : plus les entreprises consacrent de temps, d’efforts et d’argent à des manœuvres politiques visant à transférer des richesses, moins elles en consacrent à la production de biens et de services, ce qui accroît la richesse. Ainsi, le pillage légal appauvrit la société tout entière, même si une petite partie de celle-ci (politiquement influente) en tire profit.
Il est frappant, à la lecture de « La Loi », de constater la justesse avec laquelle Bastiat décrivait les étatistes de son époque, qui, en réalité, ne différaient guère de ceux d’aujourd’hui, ni d’aucune autre époque. Les « socialistes » français de l’époque de Bastiar prônaient des doctrines qui pervertissaient la charité, l’éducation et la morale, entre autres. La véritable charité ne commence pas par le vol de l’impôt, soulignait-il. L’école publique est inévitablement un exercice de manipulation étatique, et non une véritable éducation ; et il est difficilement « moral » qu’une vaste organisation (l’État) vole (légalement) une partie de la population, conserve la majeure partie du butin et n’en partage qu’une infime partie avec quelques individus « nécessiteux ».
« Les socialistes veulent se prendre pour Dieu », observait Bastiat, anticipant ainsi tous les futurs tyrans et despotes qui tenteraient de remodeler le monde à leur image, que ce soit par le biais du communisme, du fascisme, de la « glorieuse union » ou de la « démocratie mondiale ». Bastiat constatait également que les socialistes aspiraient à la conformité forcée, à une discipline rigide de la population par une réglementation omniprésente, à une égalité des richesses imposée et à la dictature. De ce fait, ils étaient les ennemis mortels de la liberté.
La « dictature » n’implique pas nécessairement un dictateur au sens strict. Tout ce qui était nécessaire, disait Bastiat, c’étaient « les lois », promulguées.
par un Congrès ou un Parlement, cela aboutirait au même résultat : la conformité forcée
Bastiat avait également raison de souligner que le monde compte bien trop de « grands hommes », de « pères de la patrie », etc., qui ne sont en réalité que de mesquins tyrans animés d’un désir maladif et compulsif de dominer autrui. Les défenseurs de la liberté devraient éprouver un sain mépris pour ces individus.
Bastiat admirait l’Amérique et considérait celle de 1850 comme étant, parmi les sociétés du monde, la plus proche de son idéal de gouvernement protégeant les droits individuels à la vie, à la liberté et à la propriété. Il existait cependant deux exceptions majeures : les fléaux jumeaux de l’esclavage et des tarifs douaniers protectionnistes. Frédéric Bastiat mourut la veille de Noël 1850 et ne vécut pas assez longtemps pour célébrer cet événement.
Les bouleversements que l’Amérique qu’il admirait tant allait connaître au cours des quinze années suivantes (et même au-delà) le hantaient. Il est peu probable qu’il ait considéré l’invasion militaire des États du Sud par le gouvernement américain en 1861, le massacre de quelque 300 000 citoyens, ainsi que les bombardements, les incendies et les pillages des villes, villages, fermes et commerces de la région comme compatibles de quelque manière que ce soit avec la protection des vies, des libertés et des biens de ces citoyens, telle que promise par la Déclaration d’indépendance. S’il avait vécu assez longtemps pour voir tout cela, il aurait très probablement ajouté le « meurtre légal » au « pillage légal » comme l’un des deux grands péchés de l’État.
Dans les dernières pages de « La Loi », Bastiat donne le sage conseil que ce dont on avait réellement besoin, c’était d’une « science de
L’économie, telle qu’elle est décrite par Bastiat, permet d’expliquer l’harmonie (ou son absence) d’une société libre (par opposition au socialisme). Il y a largement contribué avec la publication de son ouvrage Harmonies économiques, que l’on peut considérer comme un précurseur des écrits modernes de l’École autrichienne d’économie. Rien ne remplace une solide compréhension de l’ordre du marché (et des réalités politiques) pour lutter contre les projets socialistes destructeurs qui ont sévi à l’époque de Bastiat comme à la nôtre.
Quiconque lira ce remarquable essai, ainsi que d’autres classiques du libre marché, tels que L’Économie en une leçon d’Henry Hazlitt et Pouvoir et marché de Murray Rothhard, disposera des arguments intellectuels nécessaires pour déconstruire les chimères socialistes d’aujourd’hui comme de tous les autres. Thomas J. DiLorenzo, mai 2007
Thomas DiLorenzo est professeur d’économie au Loyola College du Maryland et membre du corps professoral senior du Mises Institute.
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